Le trio Lersy en concert

Alternant des oeuvres classiques éprouvées et deux compositions modernes, le Trio Lersy a réjoui le coeur des auditeurs venus en assez grand nombre à l’église Saint-Adelphe de Neuwiller.

L’incursion – fût-elle brève – dans le domaine moderne ou contemporain est désormais acquise dans les programmations de Musiques au pays de Hanau. Ce dimanche n’a pas fait exception.
Le deuxième opus de Joaquim Turina composé en 1933 conserve des allures héritées des grands maîtres du passé et s’affirme dans des mouvements élégamment dansés, puis des passages rendus plus mystérieux par l’usage de la sourdine sur les instruments à cordes.

Un tourbillon dansant
Le Tempo di Trio d’André David (1999) se veut une composition de son temps, en fait d’une extrême difficulté, d’une audace qui ne renonce pas à la ligne mélodique tout au long de ce mouvement unique, mais puissamment contrasté. C’est là comme une “musique du coeur de quelqu’un qui est aussi homme de science”, selon les paroles d’introduction de Jean-Jacques Werner, qui fut son ami et un fervent admirateur, en présence de membres de la famille du compositeur.
Encadrant ces deux oeuvres, le trio en sol majeur de Joseph Haydn, en ouverture, et celui en ré mineur de Felix Mendelsson-Bartholdy, en conclusion, apportaient leur touche de notoriété et de familiarité qui fait chaud au coeur des mélomanes.
Chez Haydn, la mélodie circule entre les modes majeur et mineur et s’achève par un formidable tourbillon dansant dans la tradition tsigane hongroise, d’ailleurs repris en bis.
Le trio en ré mineur de Mendelssohn-Bartholdy, véritable quintessence du romantisme, enchaîne des mélodies longuement développées et diversifiées, avec une occasionnelle présence du piano quasiment en soliste.
Tant de difficultés et de diversité ne peuvent être maîtrisées que par des musiciens d’exception.
C’est bien le cas de Geneviève Ibanez au piano, Serge Garcia au violon et Jean Barthe au violoncelle. Métier, celui de parcours artistiques enviables, et complicité leur donnent cette belle assurance.

Capacité d’adaptation à des oeuvres très contrastées
Ils se traduisent par la qualité du dialogue, par la belle sonorité très perceptible dans cette église romane, par ces fins de phrases achevées en un ensemble parfait de délicatesse et, de toute évidence dans ce programme, par une capacité d’adaptation à des oeuvres très contrastées. Leur appellation même (Lersy était un peintre ami du trio) montre aussi leur grande ouverture culturelle à des expressions autres que musicales.
De Mendelssohn-Bartholdy on pourra retenir ses emportements et ses instants de grâce apaisée qui renvoyaient les auditeurs, peut-être rassurés, munis de ce message, véritable viatique, sur leurs chemins de vie.
P.B.
DNA Edition de Saverne 23 septembre 2015