Quand le culturel apporte sa contribution au cultuel

Le duo l’Heure exquise a participé à la célébration du Vendredi-Saint à la paroisse protestante de Bouxwiller.
Venue en assez grand nombre, l’assemblée a pu accueillir avec plaisir et profit cette rencontre entre texte et musique.
Le pasteur Gerber a, au cours de ses interventions, évoqué le sens de l’accueil, le thème riche de signification de la « tu-nique déchirée » à travers un passage de l’Évangile de Jean et, en conclusion le poids de la souffrance du monde, ici et ailleurs, et la tâche des fidèles par leur présence à tous.

Frédéric Schwab, contre-ténor, vient régulièrement se produire dans ce coin d’Alsace où il est né, invité, cette fois-ci par Musiques au Pays de Hanau, en d’autres circonstances pour se produire à l’Académie Baroque de Neuwiller en été. Souvent associé à d’autres musiciens (en trio dans cette même église le Vendredi-Saint il y a trois ans), il est venu à Boux-willer avec Carole Casiez-Gireaud qui l’a accompa-gné tout au long de ce culte, en dehors d’une belle transcription pour harpe d’une sonate pour violon de J. S. Bach. La grande ouverture de la palette sonore de la harpe et le métier de l’instrumentiste ont permis de restituer très minutieusement la partition d’origine.

Le duo s’est, en fait, attaché à faire revivre deux grands moments de l’histoire musicale : la période baroque, essentiellement par quelques pages de Purcell et la mélodie française au tournant du 20e siècle et ul-térieurement.

L’espace entre le sacré et le profane est parfois réduit à peu de choses et peut donner lieu à des constats inattendus. Ainsi la « déploration », grand thème baroque est, tout à la fois, celle devant la Passion du Christ et celle de l’absence de l’être aimé, à travers ces lentes montées et descentes mélodiques chez Purcell. Quant à la mélodie française, elle revêt les couleurs d’une autre époque et d’une autre esthétique. On ne peut que s’étonner devant ce « Repentir » (paroles et musique de Gounod) dont le « dolorisme », volonté de se mortifier, va bien plus loin que le repentir chrétien.
Frédéric Schwab affine au fil des ans sa technique vocale, comme on a pu le percevoir par sa parfaite maîtrise des ornements de fins de phrase et sa recherche d’unité de timbre en toutes circonstances.

Les deux jeunes interprètes ont construit avec intelligence et sensibili-té ce programme musical plurilingue, allant jusqu’à proposer un magnifique « kaddish » (prière souvent associée à la liturgie pour les défunts) en hébreu. Moment particulièrement émouvant et significatif, quand on sait le poids his-torique des accusations portées contre les Juifs dans les textes de la Passion du Christ.
L’ovation particulièrement longue et chaleureuse, saluait, en dehors de l’évident plaisir musical vécu par l’as-semblée, un retour inespéré-provi-soire- à des partages, autrement que devant des écrans, de productions
culturelles dont le manque se fait sentir depuis plus d’un an maintenant.


Pierre Boulay